Francis GRIMAUD

Directeur Général

F.GRIMAUD

Le développement de l’embranchement fer du Grand Port Maritime de La Rochelle nous permet d’envisager des potentiels de croissance importants

Quelles sont les activités d EVA ? Comment EVA articule sa mission ? Quelle est l’organisation d’EVA ?

EVA, Etablissement Vraquier de l’Atlantique, est un opérateur portuaire créé en 2007.

En 2007, le Grand Port Maritime de La Rochelle (GPM LR) a lancé un appel à projet visant à mettre à disposition d’un opérateur de manutention portuaire, une dizaine d’hectares ainsi qu’un quai de 165 m de long situés, sur l’Anse Saint Marc.

La proposition faite par les groupes Sica Atlantique (opérateur en services et logistique portuaire des productions agricoles et agrofournitures) et Maritime KUHN, représenté par FAST (agence maritime et manutentionnaire sur le GPM La Rochelle depuis 2004) incluait le développement d’un terminal vrac et l’exploitation du quai. Elle s’est avérée être celle retenue pour bénéficier de l’Autorisation d’Occupation Temporaire (AOT) accordée par l’Etat pour une quarantaine d’années.

Dans la foulée, la réforme portuaire a conduit à la privatisation de l’ensemble des quais, des magasins de stockage, des grues et concernait également le volet du personnel. Cette réforme a permis la signature de deux Conventions de Terminal (CT) pour EVA, pour l’exploitation des terminaux de l’Anse Saint Marc et du Môle d’escale Est.

Aujourd’hui EVA est propriétaire de trois grues dont une, Liebherr LHM 400, vient d’arriver. Elle a effectué sa première manutention ce 1er décembre !

EVA a pour mission de bâtir sur le foncier de l’AOT, d’amener de nouveaux trafics portuaires et de développer les opérations de manutention.

Mon travail aujourd’hui est donc de mettre à disposition de mes actionnaires et de mes clients, des grues, des terre-pleins, des bâtiments de stockage, et d’aller chercher de nouveaux clients !

 

Quels sont les défis-clés d’EVA pour les 5 ans à venir

L’objectif est de développer le trafic avec notamment la montée en puissance de notre partenaire Holcim, industriel cimentier, qui a construit un broyeur à clinker sur une partie du terrain, objet de l’AOT d’EVA, ce qui doit engendrer un certain nombre de navires par mois et de tonnages par an, et donc assurer une forte montée en puissance pour EVA à partir de 2015.

Dans les 2 ans à venir, après avoir investi dans une grue, puis dans un tapis de quai et divers convoyeurs qui permettent de décharger directement du bateau dans une trémie dépoussiérée, qui déverse son contenu sur des tapis pour livrer directement dans les silos Holcim, nous devrions engager la construction d’un grand bâtiment de stockage, mécanisé et performant sur l’Anse Saint Marc.

Ce sont des investissements importants, de l’ordre de 2.5 à 3 millions d’euros pour chacun des outillages et d’une dizaine de millions pour les bâtiments.

Ces investissements se justifient totalement : le Grand Port Maritime de La Rochelle est dynamique. C’est un port incontestablement en mouvement, qui va de l’avant. Il y a de gros investissements de la part de l’Etat comme de notre part, nous, acteurs du port. Vous pouvez voir depuis quelques années qu’il y a de nombreux chantiers, des constructions, de l’activité. Les clients sont d’ailleurs unanimes et satisfaits sur cet aspect.

Le tonnage global est en augmentation grâce à la bonne santé des flux de céréales et des bonnes dernières récoltes ; si l’on parle en nombre d’heures travaillées, ce qui nous concerne plus directement, nous opérateurs, la tendance est plutôt baissière du fait de cette longue période de difficultés économiques, mais s’inversera, aidée par les investissements consentis.

 

En quoi le transport et la logistique sont ils des enjeux stratégiques ?

Déjà un constat simple : le fait d’arriver sur un port implique d’acheminer ou d’évacuer les marchandises, la logistique et le transport sont donc essentiels au développement de notre métier : rien ne reste ici, tout transite par le port. Le principe est que tout arrive vite et reparte vite. Nous n’avons pas vocation à stocker longtemps !

Ensuite, la logistique est un moyen pour capter de nouveaux trafics plus ou moins éloignés du port, comme le centre de la France par exemple et même l’Est qui peut avoir intérêt à passer par La Rochelle, si nous avons des moyens logistiques intéressants et efficaces à proposer. Et c’est là que nous pouvons parler d’inter-modalité ou de pluri-modalité, avec notamment le ferroviaire. C’est un point important pour nous, si l’on envisage la création de plates-formes multimodales à l’intérieur du pays –Rhône-Alpes par exemple, région économique importante, peut susciter beaucoup d’intérêt.

 

Vous évoquez le ferroviaire, ici dans le Grand Port, qu’est ce qui existe, est-ce facile, efficace ?

Les terminaux sont embranchés, mais il y a aujourd’hui une difficulté technique à acheminer des trains sur le môle d’escale, car la structure du viaduc est assez ancienne et nécessite une importante rénovation pour pouvoir supporter le passage des trains.

Le terminal Saint Marc devrait à court terme être totalement doté de son réseau ferroviaire. On est en phase de finalisation pour optimiser les installations parmi lesquelles les quais, qui sont encore en construction. Ces nouvelles infrastructures sont essentielles à notre développement, notamment comme je l’ai évoqué, pour se développer vers l’intérieur du territoire, il est important que La Rochelle puisse aller plus loin, puisse devenir le port du Centre, de l’Est et pourquoi pas même vers les pays limitrophes

Le Port de son côté, par son implication dans la création et le fonctionnement de l’OFP participe largement au développement du ferroviaire, en complément de Fret SNCF.

En termes d’industries, le Poitou Charentes n’est pas la région la plus dynamique, en revanche il est certain que pour se développer, il faut travailler sur ces questions d’acheminement, le ferroviaire est l’un des moyens d’y parvenir.

A titre d’exemple, SICA Atlantique, l’un de mes 2 actionnaires, reçoit environ 20% de ses 3 millions de tonnes de céréales par la SNCF, ce qui n’est pas rien ! La preuve que cela peut marcher, alors qu’on a toujours tendance à dire que rien ne se fait par train !

 

 

Du côté des infrastructures routières, La Rochelle et plus particulièrement le GPMLR sont-ils bien desservis ?

Je pense qu’il manque un maillon, le fameux A831 (autoroute devant relier Fontenay-le-Comte à Rochefort) et un besoin de contournement ferroviaire de La Rochelle, je ne suis pas spécialiste de ces dossiers… mais il faut que l’on arrive à rejoindre les grands axes facilement.

Il faut donc mettre l’accent sur l’amélioration des réseaux pour développer nos tonnages !

 

En matière de transport et logistique, EVA a-t-il une politique multimodale ?

De fait, on est dans un système multimodal. Je parle souvent de mes actionnaires : on est en train d’investir chez SICA Atlantique dans du matériel pour recharger du train, pour être plus performant en terme de matière de manutention ferroviaire. Nous sommes également intéressés et présents sur le projet d’implantation par le Grand Port d’une plate-forme de stockage à l’intérieur du territoire, vers Rhône Alpes. Aujourd’hui j’ai des clients importateurs d’alimentation animale pour qui je décharge des bateaux qui viennent d’Inde, du Brésil, d’Argentine ; l’idée serait de pouvoir redistribuer des produits sur la Suisse, l’Italie, le Luxembourg,… Essayer de se servir de La Rochelle, qui sur le plan nautique peut accueillir de très gros navires, pour recevoir les bateaux, recharger sur train pour livrer beaucoup plus loin.

Toujours pour l’alimentation animale : les grosses régions d’élevage sont plutôt en Bretagne, donc les gros ports d’importation d’alimentation animale sont Brest, Lorient, Saint Malo et Saint Nazaire. Depuis trois ou quatre ans, nous essayons de développer cette filière et aujourd’hui j’ai des camions qui de La Rochelle, livrent le nord de l’Espagne. On peut donc imaginer pour augmenter nos volumes, recharger du train pour de la moyenne ou longue distance.

Sans être un spécialiste, je regarde ces questions avec de plus en plus d’intérêt.

 

La notion “développement durable” fait-elle partie de cette orientation multimodale ?

Elle en fait complètement partie… D’abord parce que le port est donneur d’ordre et prescripteur, engagé dans cette démarche environnementale, ensuite parce que les actionnaires comme SICA Atlantique ont élaboré, et respectent, une charte de développement durable. Je me dois donc d’y participer. Ces questions ont également été abordées dès le début de nos discussions avec notre client cimentier Holcim, elles sont devenues des arguments commerciaux. Nous sommes donc partie prenante des réflexions et des investissements en cette matière.

De manière plus générale, considérant que le maritime est le mode de transport le moins polluant à l’échelle de la planète, suivi par le ferroviaire, nous devons être dans cette optique… nous aimerions décharger des bateaux et recharger des trains.

Si l’on veut se développer, et c’est notre objectif, nous devons intégrer cette notion.

 

La réponse multimodale se traduit-elle par de nouvelles compétences ou de nouveaux métiers notamment en matière de transport et de logistique ?

Je ne suis pas sûr qu’on parle de choses très nouvelles, par contre aujourd’hui nous sommes tous tournés vers des démarches qualités, ISO, HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point)et d’amélioration continue.

Quel que soit le domaine, la filière, le produit, il y a de plus en plus de normes à respecter, et c’est plutôt un bon point. Il faudra intégrer dans nos entreprises des personnes compétentes et diplômées en environnement, travaillant à l’amélioration des pratiques, à l’harmonisation, l’optimisation.

Il y aura des développements à imaginer, nous n’en sommes qu’au début !